Avoir des origines, de nos jours, c'est comme avoir des Converses.
T'es obligé d'en avoir une paire minimum sinon t'es dans la déviance. La société dans son ensemble te rejette comme un mal propre parce qu'il FAUT que tu
viennes de « quelque part ».
Pour ma part, je suis d'origine Tunisiano-Tunisienne. Naturalisée
« Française » à ma majorité au Tribunal d'Instance de Versailles. Procédure tout à fait perturbante psychologiquement... C'était il
y a 4 ans.
Je suis arrivée, ce jour là, dans un long couloir où se juxtaposait le bureau du Juge pour Enfant et les
quelques bureaux dans lequels les « requêtes » de
« devenir » « Français » vont être étudiés... La mienne en
l'occurence.
Je suis pourtant née en France. Cependant mes deux parents ont voulus jouer les rebelles en gardant leurs nationnalités Tunisienne et donc leurs magnifique Carte de
Séjour dont la dénomination veut tout dire.
De ce fait, je ne pouvais acquérir la nationalité Française qu'à mes 18 ans.
Je fais partie de cette deuxième génération d'immigrée en France.
Celle dont les parents changeaient de chaîne quand les gens se faisaient des « bisous » à la télévision. Celle qui ne pouvait lire les
« Tom Tom &
Nana » que dans la salle d'attente de leur médecin. Celle qui
n'ont jamais eu d'argent de poche parce que leur père préférait que l'argent reste dans sa poche sinon « Ti va faire li bitise ! ». Celle qui lutte au quotidien pour qu'on la reconnaisse.
J'attends devant le bureau où quelques chaises sont disposées là comme pour faire comprendre qu'ici le temps d'attente peut être long, et je ne vous parle pas de cette odeur de
caféine qui va me maintenir éveillée durant une semaine après ce rendez-vous. Je patiente donc que le ou la fonctionnaire débordée par les demandes de naturalisation daigne enfin
m'accueillir.
En patientant, je regarde le défilé de jeunes garçons menottés. Je m'interroge en me demandant si ma démarche est bien
nécessaire.
«Est ce qu'en sortant de ce fameux bureau B205, je vais me sentir « Française » ? » ou plutôt : « Est ce que les
gens me considéreront comme tel sans me poser la question de mes origines ? »... Évidemment que la réponse est Non. Mes bouclettes, les et me ramèneront constamment à la réalité.
Le problème identitaire se pose à ce moment précis sans que cela ne me m'est traversé l'esprit durant 18 ans.
Je sais ce que me dirait ma mère dans ce genre de moment. Un truc du style :
« Tu garderas à vie tes origines, par contre avec la nationalité
Tunisienne tu garderas rien bien longtemps... A commencer par un travail
!»
Dans ce bureau, la fonctionnaire visiblement blasée me redemande si je ne veux pas changer de prénom (C'est pourtant préciser sur le formulaire : NON !)... Je lui réponds en lui demandant si elle veut que mes parents me tuent. Il n'y a pas donc pas que la nationalité qui pose un problème, mon prénom aussi. C'est un PACK.
Elle veut que je renie la chose qui me rends individuelle au quotidien et aussi celle qui fait bafouiller les gens quand ils le prononcent... Cela n'a pas de valeur. Effectivement, si je décide
de m'appeler « Julie », je trouverais certainement un travail, mais je serais d'un banal affligeant... Et puis, c'est mon Papa qui a
choisit mon prénom, c'est symbolique pour moi !
Je trouve sincèrement que cette démarche est extrêmement violente.
J'ai compris à ce moment là ce que pouvait signifier le terme « Assimilation ». Et à quel point il
allait loin.
Née « Française » ma vie aurait
été très différente, c'est certain.
J'ai dit différente et non plus simple. Ce qui est encore plus sûr, c'est que j'adore le système A (Arabique).
Prenons quelques exemples...
Quand j'étais petite, je n'ai jamais eu ni vu les classiques de chez WALT DISNEY.
(Toujours pas d'ailleurs ^^')
Non, moi j'avais la version « Made in
Trappes ». Dans ma cassette, Cendrillon elle avait un
voile. Par contre, elle faisait le ménage tout le temps comme la vraie... Ceci étant, elle n'allait pas au Bal cette connasse. Elle avait ses frères derrière elle tout le temps, miskina. Avec
cette casette pour nous "divertir", nous jeune magrébine que nous étions, on intériorisait ce système dès notre plus jeune âge. Pratique pour les darons !
En plus de ça, je ne pouvais pas aller chez une copine pour voir les
« vrais », sinon ma mère me disait : « Quoi ?! T'es pas bien à la maison ? Qu'est ce qui se passe ?! Hein ? Hein ? Pourquoi tu veux t'en aller
?! »
Donc je lâchais rapidement l'affaire, et en plus, je me laissais faire...
14h : Piano du générique des « Feux de l'Amour » où comment priver sa fille de vie
sociale.
J'ai longtemps cru que Victor Newman était mon oncle, je le voyais
tous les mercredis... D'ailleurs je me faisais énormément de souci, à mon jeune
âge, concernant l'alcoolisme de sa femme, Nikki. C'est ça la famille, on ne s'inquiète que des gens qu'on aime.
Ma mère n'a jamais mis mes dessins ou mes bonnes notes sur le FRIGO
(C'était tellement rare qu'il fallait l'afficher
pourtant.) par contre y'avait une photo de Victor Newman.
(Véridique et Terrifiant à la
fois.) Je me suis rendue compte rapidement, à l'épisode 158 952 précisément, que Victor n'était pas de notre famille. Il était riche et nous
pauvres. Je l'ai très mal vécue.
Si j'avais été « Française » et en plus non
« Musulmane » ma vie à la cantine de l'école n'aurait pas été autant stigmatisante.
« Hey mais pourquoi t'as un oeuf et pas de la viande comme
NOUS ?! » Et là, le fossé se creuse.
"Eux" le flingue et moi la pelle.
J'ajouterais que la vie est tellement plus simple quand on mange du Porc.
Tout musulman qui est passé par la case « Cantine » a déjà subi l'incompétence de la Grosse Cantinière (Elle est toujours grosse la cantinière, c'est pas ma faute.)
et a donc mangé par « inadvertance » du Porc... On se sentait
« normal » bizarrement pendant la phase de mastication, sans savoir que l'on mangeait du porc et que
c'était « hram ». Un goût de "Liberté" je vous dis
!!
En parlant de nourriture, j’ai découvert pleins de choses récemment.
Le 5 février 2004 à 15h32, j'ai eu une révélation... Le COCA COLA !!!
Pas juste le COLA, là il y avait COCA en plus et sans l'arriére goût de... de... des produits que l'on met hors de portée des enfants comme le Monsieur Propre !
L'année suivante, je suis entrée dans un Mac Do et donc la gastronomie. Puis, quelques temps plus tard j'ai mangé des KINDERS à en vomir...
On ne vivait pas les mêmes choses. Un gouffre immense me séparait des "autres".
Évidemment, plus jeune on comprends difficilement pourquoi on a des chaussures à scratch grises et nos copines des baskettes
Nike.
A 16h30, je voulais des PÉPITOS moi et non pas une part de Quatre Quart avec laquelle je pouvais m'étouffer à tout moment sur le chemin retour à la maison...! Je
crois qu'en plus je devais manger le papier qui restait coller dessous...^_^' !!
Au final, j'ai surtout compris pourquoi c'était des choses qu'on ne pouvait pas se permettre... Les
"Newman"/Nous. On n'avait pas les même valeurs. C'est toujours le cas, pourquoi je parle au passé ?!
On ne peut pas tout avoir dans la vie, et c'est en passant par « là » que ça prends tout son sens. On
fait comme on peut et non comme on veut.
Du moment qu'on a la joie de vivre et les gens qu'on aime à nos côtés c'est le principale... Le reste n'est que secondaire... Sauf quand on a 8 ans MERDE !
Même si maintenant je me la raconte, je bois du FANTA CITRON, et que je ruine ma mère par la même occasion (COLA = 0,35 €), ça ne change rien à mes sublimes aptitudes à être une « Bledarde » et j'en suis
fière.
Nos origines sont clairement une force pour "nous", certes. Malgré tout, cela n'est pas toujours facile parce que la France et les Français nous voient comme
étant des "Handicapés", par moment ils nous arrivent même de l'intérioriser tellement que nous nous victimisons. La victimisation est une voie sans issue !
Cependant, ils ne se doutent pas une seconde que même avec une canne nous tenont debout et malgré notre petit temps de retard, on s'adaptera à cette canne qui nous freine dans
nos mouvements et on réussira sur le long terme à marcher aussi loin que beaucoup d'entre "eux"... L'espoir me fait dire qu'ON ira plus loin !
Le combat continu.
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